Verre ballon, couleur orange éclatante, bulles fines et amertume rafraîchissante : le spritz est devenu en deux décennies l’un des symboles les plus puissants de la dolce vita moderne. Derrière cette apparente simplicité, ce cocktail cache une histoire complexe, mêlant Empire austro-hongrois, tavernes vénitiennes, marketing millimétré et révolution du goût. Si vous aimez l’aperitivo, comprendre l’ADN du spritz permet de mieux le déguster, mais aussi de le préparer à un niveau quasi professionnel chez vous. Car entre un spritz insipide noyé de glaçons et un spritz équilibré, élégant et aromatique, la différence tient à quelques choix précis : origine des vins, ratio, glace, bitter et techniques de service.
Origines historiques du spritz : des vins fortifiés de venise à l’empire austro-hongrois
Des soldats autrichiens aux tavernes de venise : la pratique du « gespritzt » au XIXe siècle
Pour comprendre le spritz, il faut remonter au XIXe siècle, lorsque le nord de l’Italie – notamment la Vénétie et la Lombardie – se trouve sous domination austro-hongroise. Les soldats et fonctionnaires autrichiens, habitués à des vins plus légers ou à la bière, découvrent alors les vins locaux, souvent plus tanniques, plus alcooleux et parfois effervescents. Pour rendre ces vins plus faciles à boire, ils demandent aux tenanciers de les « asperger » d’eau : en allemand, spritzen signifie « arroser », « éclabousser ». Le premier « gespritzt » est donc un simple mélange de vin et d’eau, loin encore du spritz orangé que vous trouvez sur les terrasses estivales.
Ce geste, presque sacrilège pour certains amateurs de vin, répond pourtant à une logique de confort et de buvabilité. Allonger le degré alcoolique, accentuer la sensation de fraîcheur et augmenter le volume dans le verre : tout ce qui fait aujourd’hui la force du spritz était déjà présent en germe dans ce geste d’asperger le vin. Dans les tavernes de Venise, Trieste ou Udine, cette pratique devient rapidement un réflexe pour les soldats en permission comme pour les commerçants viennois installés dans la région.
Évolution du spritz de la plaine du pô aux bars de trieste, padoue et vérone
Au tournant du XXe siècle, la plaine du Pô est un immense laboratoire de consommation. Les siphons d’eau de Seltz se démocratisent, permettant d’ajouter au vin des bulles plus fines et plus régulières. Le « spritzer » se modernise et commence à ressembler à un long drink léger, déjà associé aux moments de détente de fin de journée. À Trieste, port cosmopolite de l’Empire, la culture du café et des bars se marie naturellement à ce nouveau style d’aperitivo.
C’est dans ce contexte que les premiers amari italiens – liqueurs amères à base de plantes, d’écorces et d’agrumes – viennent se greffer sur la matrice vin + eau gazeuse. À Padoue, la famille Barbieri présente en 1919 un bitter léger, orangé, à base d’orange amère, de gentiane et de rhubarbe, futur pilier du spritz moderne. À Milan, Gaspare Campari développe une recette plus intense, très amère, qui donnera naissance au Campari Spritz. Le cocktail s’éloigne progressivement du simple vin allongé pour devenir une construction aromatique à part entière.
Rôle des vins blancs vénitiens (soave, prosecco, garganega) dans la matrice du spritz originel
Avant que le Prosecco ne devienne le standard mondial du spritz, les tavernes et osterie de Vénétie utilisaient ce qu’elles avaient sous la main : vins blancs tranquilles ou légèrement pétillants, souvent servis en carafe. Les appellations locales comme Soave, à base de Garganega, ou les vins blancs de la région de Trévise entrent très tôt dans la composition des premiers spritz.
Le Prosecco s’impose plus tard comme base privilégiée. Issu principalement du cépage Glera, vinifié en méthode Charmat (seconde fermentation en cuve close), il offre une bulle vive, une aromatique de pomme verte, de poire et de fleurs blanches, et un degré d’alcool modéré. Exactement ce qu’il faut pour compléter la structure amère d’un bitter. Selon les terroirs (argiles, grès, pentes plus ou moins abruptes) et les méthodes, les profils de Prosecco varient, ce qui explique pourquoi vous ne buvez jamais exactement le même spritz d’un bar à l’autre, même avec une recette théoriquement identique.
Diffusion du spritz dans l’italie du nord : du cicchetti vénitien aux aperitivi milanais
Dans la lagune, le spritz se marie rapidement aux cicchetti, ces bouchées typiquement vénitiennes qui rappellent les tapas espagnoles : crostini, calmars frits, olives farcies, morceaux de sopressa. Le spritz devient le compagnon liquide de ce grignotage convivial, plus qu’un simple préambule au repas. À Venise, chaque bacaro a sa version : plus ou moins amère, plus ou moins sucrée, agrémentée d’une olive verte dénoyautée ou d’une simple tranche d’orange.
Au fil du XXe siècle, l’habitude de l’aperitivo s’étend à toute l’Italie du Nord. À Milan, les buffets d’aperitivo se généralisent, combinant cocktails, assiettes de charcuteries italiennes, salades de pâtes et antipasti. Le spritz y trouve naturellement sa place, notamment dans ses versions à base de Campari, plus en phase avec la culture locale de l’amertume. Ce mouvement prépare discrètement le succès international que le cocktail connaîtra à partir des années 2000.
Architecture d’un spritz classique : analyse technique de la recette et des ratios
Codification IBA (international bartenders association) du spritz veneziano
L’International Bartenders Association reconnaît officiellement le Spritz Veneziano depuis 2011. La codification retient une base de Prosecco, un bitter italien (Aperol en version canonique, mais Campari, Select ou Cynar sont également admis) et une touche d’eau gazeuse. Le tout est servi sur glace, dans un grand verre à vin, avec une garniture d’orange et parfois une olive.
Cette codification internationale consacre le spritz comme l’un des grands classiques mondiaux, au même titre que le Negroni ou l’Americano, tout en laissant une marge de créativité sur le choix du bitter et du vin effervescent.
Pour vous, cette reconnaissance a une conséquence pratique : lorsque vous commandez un « Spritz Veneziano » dans un bar de qualité, vous pouvez attendre un certain niveau de standardisation en termes de ratio, de service et de profil aromatique.
Ratio 3-2-1 : décomposition fonctionnelle prosecco – bitter – eau gazeuse
La plupart des bartenders s’appuient sur un ratio 3-2-1 pour structurer un spritz équilibré :
- 3 parts de Prosecco ou autre vin effervescent
- 2 parts de bitter (Aperol, Campari, Select, etc.)
- 1 part d’eau gazeuse ou d’eau de Seltz
Ce ratio n’est pas seulement une convention : il répond à une logique fonctionnelle. Le vin assure la structure, l’alcool et la colonne vertébrale acide. Le bitter apporte amertume, sucre résiduel, couleur et aromatique. L’eau gazeuse ajuste la dilution, réveille les arômes et accentue la sensation de fraîcheur. En jouant légèrement sur ces proportions – 3-1-1 pour un spritz plus sec, 2-2-1 pour un résultat plus léger – vous adaptez le cocktail au moment de consommation, à la température extérieure ou au palais de vos invités.
Choix du vin effervescent : prosecco DOC, prosecco DOCG, franciacorta, alternatives pétillantes
Dans un spritz, le choix du vin effervescent est souvent sous-estimé, alors qu’il structure la moitié de l’expérience. Un Prosecco DOC d’entrée de gamme donnera un cocktail accessible, simple, idéal pour un service en volume. Un Prosecco DOCG, issu de terroirs plus qualitatifs comme Conegliano Valdobbiadene, apportera plus de finesse, de complexité et une bulle plus élégante.
| Type de vin | Profil | Impact sur le spritz |
|---|---|---|
| Prosecco DOC | Fruité, simple, bulle vive | Spritz convivial, facile à boire |
| Prosecco DOCG | Plus complexe, floral, structuré | Spritz plus gastronomique et précis |
| Franciacorta | Méthode traditionnelle, notes briochées | Spritz plus vineux, proche d’un cocktail au Champagne |
Certains bartenders utilisent également des Crémants ou des pétillants naturels pour créer des spritz de caractère, plus secs ou plus vineux. Si vous choisissez un vin effervescent très aromatique, pensez à réduire légèrement la quantité de bitter pour ne pas saturer la bouche.
Gestion de la dilution : volume de glace, taille des cubes, temps de service et température
Un bon spritz repose autant sur la recette que sur la maîtrise de la dilution. Une glace trop petite fond rapidement, allonge le cocktail et « casse » l’effervescence. Des gros cubes denses, bien froids, limitent au contraire la fonte et stabilisent la température entre 6 et 8 °C, zone idéale pour exprimer les bulles et les arômes d’agrumes.
Pour servir un spritz net et précis, remplissez le verre de glaçons jusqu’en haut : plus il y a de glace, moins chaque cube fond. Servez sans attendre ; au-delà de dix minutes, la structure commence à se déliter, surtout en terrasse en été. Un service rapide est donc une véritable composante technique, pas seulement un élément de confort pour le client.
Profil organoleptique : équilibre sucrosité-amertume-acidité et perception aromatique en bouche
Un spritz réussi se reconnaît à son équilibre entre trois axes : sucrosité, amertume et acidité. Les bitters modernes contiennent généralement entre 100 et 150 g de sucre par litre, ce qui adoucit l’amertume des gentianes, quinquinas et écorces. Le Prosecco apporte l’acidité nécessaire pour éviter toute lourdeur. L’eau gazeuse, enfin, allège la texture et fait remonter les notes d’orange, de rhubarbe ou d’herbes selon le bitter choisi.
En bouche, un spritz bien construit doit commencer par une attaque fruitée et fraîche, se prolonger sur une amertume nette mais maîtrisée, et finir sur une sensation sèche qui incite à y revenir.
Si vous trouvez votre spritz trop sucré, augmentez légèrement la part de vin ou réduisez l’eau gazeuse. S’il vous paraît trop amer, changez de bitter pour un style plus doux ou ajoutez un trait de jus d’orange frais, en assumant un twist plus fruité.
Les grands styles de spritz : aperol, campari, select, cynar et variations régionales
Spritz aperol : standardisation industrielle, notes d’orange amère et domination marketing
Le Spritz Aperol est aujourd’hui la version la plus répandue du cocktail, surtout hors d’Italie. Avec sa couleur orange vif et ses notes d’orange amère, de rhubarbe et d’herbes douces, il offre une amertume modérée, accessible à un large public. C’est également cette version qui a été massivement promue par le groupe Campari à partir du rachat d’Aperol en 2003.
Entre 2010 et 2018, les ventes d’Aperol ont progressé de plus de 20 % par an dans plusieurs pays européens, faisant du spritz l’un des quatre cocktails les plus consommés en France. Cette standardisation a un avantage : où que vous alliez, vous savez à quoi vous attendre lorsque vous commandez un Aperol Spritz. L’inconvénient, pour certains amateurs, est un profil perçu comme trop sucré, voire un peu lissé.
Spritz campari : amertume marquée, couleur rubis et positionnement néo-classique
Le Spritz Campari s’adresse davantage aux amateurs d’amertume franche. Plus alcoolisé et plus concentré en principes amers, le Campari offre un bouquet de plantes, d’agrumes et d’épices nettement plus intense que l’Aperol. Dans un spritz, cela se traduit par une couleur rouge rubis éclatante et une finale longue, presque tannique.
Cette version, historiquement antérieure à la domination de l’Aperol, a longtemps été l’icône de l’aperitivo milanais. Aujourd’hui, elle bénéficie du retour en grâce des cocktails classiques amers (Negroni, Americano) et séduit un public curieux d’explorer des profils plus sophistiqués. Si vous trouvez l’Aperol trop doux, le basculement vers un Spritz Campari est souvent le premier pas vers un univers plus « adulte ».
Spritz select : ancrage vénitien, artisanat historique et retour sur les bacari de venise
Le Spritz Select est la madeleine de Proust des Vénitiens. Né dans les années 1920, ce bitter rouge rubis est élaboré à partir de 30 botaniques, avec un profil aromatique complexe : notes florales, végétales, balsamiques et légèrement épicées. À Venise, c’est souvent la base de prédilection pour le sprisseto, accompagné d’une généreuse olive verte sur pic, posée au sommet du verre.
Le regain d’intérêt pour les traditions locales et les amaros historiques a remis le Select sous les projecteurs, notamment dans les bars à cocktails spécialisés. Si vous cherchez à retrouver l’esprit des bacari et des ruelles du Dorsoduro, un Spritz Select, servi avec des cicchetti, s’impose comme une expérience quasi initiatique.
Spritz cynar et artichaut : amari végétaux, complexité herbacée et accords gastronomiques
Moins connu du grand public, le Spritz Cynar repose sur un bitter à base d’artichaut, au profil végétal, terreux et étonnamment délicat. Loin d’un simple gadget, ce type de spritz ouvre des pistes gastronomiques très intéressantes. Sa complexité herbacée se marie particulièrement bien avec des tapas de légumes grillés, des poissons gras (maquereau, sardine) et des fromages à pâte dure.
Pour vous, l’intérêt du Spritz Cynar est double : découvrir un registre aromatique différent, mais aussi varier les plaisirs lors d’un même service d’aperitivo. Proposer un trio Aperol–Campari–Cynar permet de couvrir un large spectre de goûts, du plus doux au plus corsé, sans quitter l’univers du spritz.
Variantes locales : spritz blanc vénitien, spritz ramandolo, spritz hugo et dérivés modernes
En Italie du Nord, chaque région a façonné ses propres déclinaisons du spritz. À Venise et Trieste, le spritz bianco se limite parfois à un vin blanc sec allongé à l’eau gazeuse, sans bitter, rappelant les origines austro-hongroises du cocktail. Dans le Frioul, certaines osterie utilisent des vins comme le Tocai Friulano ou le Ramandolo pour créer des spritz plus aromatiques, presque liquoreux.
Plus récemment, le Hugo Spritz, né dans le Tyrol du Sud, a conquis les terrasses avec sa liqueur de fleur de sureau, ses feuilles de menthe et son profil floral, moins amer. D’autres variantes, au limoncello ou à la bergamote, accentuent les notes d’agrumes vives et réinventent le spritz comme un terrain de jeu infini pour la mixologie légère.
Techniques de bartending pour un spritz de niveau professionnel
Choix du verre : verre à vin ballon, goblet, tumbler et impact sur la perception aromatique
Le verre n’est pas qu’un détail esthétique, c’est un véritable outil de construction aromatique. Le verre à vin ballon est devenu le standard du spritz pour une raison simple : sa large paraison permet à la fois de contenir beaucoup de glace et de concentrer les arômes en haut du verre. Plus le diamètre est large, plus l’échange avec l’air est important, ce qui fait ressortir les notes d’agrumes et d’herbes.
Un goblet ou un grand tumbler donnent une silhouette plus moderne, mais peuvent diffuser plus rapidement les bulles et les arômes. Si vous servez un spritz dans un verre trop étroit, l’effet visuel et l’expression aromatique sont réduits. Pour un service à domicile, un grand verre à vin polyvalent, solide et transparent, reste la meilleure option.
Ordre de verse et méthode de construction : build direct, gestion de la mousse et de l’effervescence
Le spritz est un cocktail build, c’est-à-dire construit directement dans le verre, sans shaker ni mélange au verre. L’ordre de verse a pourtant un impact réel sur la texture finale. Une méthode efficace consiste à :
- Remplir le verre de glace jusqu’en haut
- Verser d’abord le bitter
- Ajouter ensuite le Prosecco
- Compléter avec l’eau gazeuse, en coulant doucement le long de la paroi
Verser le Prosecco avant l’eau permet de limiter la formation excessive de mousse et de préserver l’effervescence. Évitez de remuer vigoureusement ; au mieux, un léger tour de cuillère suffit pour homogénéiser sans casser les bulles.
Calibrage des glaçons : densité, qualité de la glace et contrôle de la dilution dans le temps
La qualité de la glace est l’un des points les plus sous-estimés dans la réalisation d’un spritz. Des glaçons denses, transparents, sans odeur de congélateur, assurent une dilution lente et neutre. Une glace poreuse ou déjà partiellement fondue libère rapidement de l’eau, affadissant le cocktail.
Un bon repère : si vous servez un spritz et qu’il a déjà perdu plus d’un centimètre de hauteur de glaçons après cinq minutes, la glace utilisée n’est pas adaptée.
Pour un service à la maison, remplir au maximum le bac à glaçons, utiliser de l’eau filtrée et éviter les longues ouvertures de congélateur sont des gestes simples qui améliorent instantanément le résultat dans le verre.
Garnitures expertes : tranche d’orange, olive verte à la vénitienne, zestes et herbes fraîches
La garniture n’est pas uniquement décorative. Une tranche d’orange apporte des huiles essentielles fraîches à la surface du cocktail, renforçant la perception des agrumes. À Venise, l’olive verte dénoyautée, croquante et légèrement saline, crée un contraste très intéressant avec l’amertume du bitter et la douceur du Prosecco.
Pour des twists contemporains, un brin de romarin, quelques feuilles de menthe ou un zeste de citron jaune peuvent souligner les profils aromatiques d’un limoncello spritz ou d’un Hugo. L’important est de garder une cohérence gustative : une garniture doit toujours raconter quelque chose du cocktail, pas simplement colorer le verre.
Erreurs techniques fréquentes : sur-dilution, sous-dosage du bitter, oxydation du prosecco
Un spritz raté se repère immédiatement : bulles évanouies, couleur fade, goût aqueux et sucré sans relief. Trois erreurs reviennent souvent :
- Sur-dilution : trop peu de glace ou une glace de mauvaise qualité
- Sous-dosage du bitter : peur de l’amertume qui aboutit à un cocktail plat
- Prosecco oxydé : bouteille ouverte depuis trop longtemps, laissée au chaud
En CHR (cafés, hôtels, restaurants), la tentation de rallonger en eau gazeuse pour augmenter la marge peut détruire l’équilibre du spritz. Chez vous, ouvrir une bouteille de Prosecco pour un seul verre est aussi un risque : mieux vaut prévoir une petite soirée spritz pour garantir une fraîcheur optimale.
Marketing et succès international du spritz : de venise aux rooftops de new york
Stratégie de marque aperol : campagnes « aperol spritz » en italie, france et allemagne
Le succès planétaire du spritz ne tient pas uniquement à ses qualités organoleptiques. À partir de 2003, le groupe Campari met en place une stratégie de marque extrêmement structurée autour du Aperol Spritz. L’idée : partir de bastions historiques comme Venise, Padoue ou Trévise, puis étendre progressivement la présence dans les grandes villes européennes avec une approche dite « tache d’huile ».
En France, la bouteille et les campagnes d’affichage fleurissent dès les premiers rayons de soleil. En Allemagne et en Autriche, le cocktail profite de la culture du Weinschorle (vin + eau gazeuse) pour s’imposer rapidement. Entre 2011 et 2015, les exportations d’Aperol explosent, passant de quelques dizaines de milliers à plusieurs centaines de milliers de litres sur certains marchés, avec des croissances annuelles dépassant 40 % en Espagne ou 50 % aux États-Unis.
Normalisation de l’aperitivo : de la piazza san marco aux bars à cocktails de londres et paris
Cette stratégie s’accompagne d’une normalisation de l’aperitivo comme moment de consommation. En France, en Allemagne, au Royaume-Uni, l’idée d’un verre avant le dîner, accompagné de petites assiettes, se généralise. Les bars à cocktails de Londres, Paris ou Berlin intègrent rapidement le spritz dans leurs cartes, souvent en tête de rubrique « Aperitivo » ou « Low-ABV ».
Le spritz s’impose alors comme alternative à la bière pression ou au verre de vin blanc : même fourchette de prix, degré alcoolique modéré, mais image plus festive et contemporaine. Selon plusieurs études de marché, dans certains établissements, jusqu’à deux spritz sur trois remplacent une consommation de bière ou de vin, ce qui modifie profondément la structure des ventes en terrasse.
Instagrammabilité du spritz : couleur orange, food pairing et culture des terrasses
Le spritz est devenu l’un des cocktails les plus photographiés au monde. Sa couleur orange éclatante, sa grande verrerie transparente, la condensation sur le verre et la garniture colorée en font un sujet idéal pour Instagram et TikTok. Le hashtag #spritz cumule aujourd’hui plus d’un million de publications, ce qui contribue à installer le cocktail comme symbole visuel de l’été européen.
Pour les marques comme pour les bars, cette « instagrammabilité » est une aubaine. Associer un spritz à une assiette de tapas de fruits de mer, à une focaccia dorée ou à un trio de bruschette permet de vendre non seulement une boisson, mais un style de vie : terrasses ensoleillées, fin de journée, vacances. Dans ce contexte, proposer un spritz bien exécuté devient aussi une vitrine pour l’établissement.
Référencement du spritz sur les cartes : pricing, positionnement premium et upselling en CHR
Sur les cartes de bars et restaurants, le spritz occupe désormais une place stratégique. Souvent proposé au même prix qu’un mojito, alors que son coût matière est inférieur (pas de rhum, pas de jus frais pressé à la minute, peu de main-d’œuvre), il génère des marges confortables pour les professionnels. Un positionnement légèrement premium, notamment lorsqu’un Prosecco DOCG est mis en avant, permet même un upselling subtil.
Pour vous en tant que client, ce positionnement se traduit par une large offre : spritz classique, spritz « maison », spritz signatures, parfois en version « carafe » pour les groupes. Le cocktail est ainsi passé du statut de curiosité italienne à celui de standard incontournable, présent sur la quasi-totalité des cartes de cocktails de France, d’Allemagne, d’Espagne ou des États-Unis.
Spritz contemporain : twists créatifs, low-ABV et approche mixologie
Spritz low-ABV et sans alcool : utilisation de bitters sans alcool (lyre’s, fluère, ceder’s)
L’une des grandes évolutions récentes concerne la montée en puissance des boissons low-ABV (faible teneur en alcool) et des cocktails sans alcool. Le spritz, par nature modérément alcoolisé, s’inscrit parfaitement dans ce mouvement. De nombreuses maisons ont développé des bitters sans alcool – Lyre’s Italian Spritz, Fluère Bitter, Ceder’s, entre autres – permettant de reproduire la structure aromatique d’un spritz classique sans éthanol.
Pour réussir un spritz sans alcool chez vous, le principe reste le même : base pétillante (eau gazeuse premium ou mousseux sans alcool), bitter sans alcool pour l’amertume, glaçons généreux et garniture d’agrume. L’enjeu principal est de compenser l’absence d’alcool, qui joue normalement un rôle de vecteur aromatique. Augmenter légèrement la concentration de bitter et utiliser une eau très pétillante aide à retrouver du volume en bouche.
Spritz gastronomiques : infusions maison, bitters artisanaux, macérations d’agrumes
Dans les bars à cocktails orientés mixologie, le spritz sert de canevas pour des créations plus pointues. Bitter maison infusé avec des zestes d’orange sanguine, Prosecco infusé à froid avec des herbes alpines, sirops légers d’agrumes macérés : les variations se multiplient. Un spritz peut ainsi devenir un véritable cocktail gastronomique, pensé pour accompagner un plat précis ou un menu dégustation.
Si vous aimez expérimenter, préparer un sirop maison (zeste de citron, sucre, eau) ou une macération légère d’écorces d’orange dans un vin blanc permet de personnaliser votre spritz sans perdre sa structure fondamentale. L’idée est de considérer le cocktail comme une base modulable plutôt que comme une recette figée.
Spritz signatures dans les bars à cocktails : exemples du dante NYC, caffè florian et hôtel costes
Dans les grandes capitales, de nombreux établissements signent leur propre interprétation du spritz. À New York, certains bars emblématiques travaillent sur des spritz à base d’amari rares, de pétillants naturels italiens ou même de Champagne, pour des versions ultra-premium. À Venise, des institutions historiques comme le Caffè Florian jouent sur la nostalgie en proposant des spritz très proches des recettes traditionnelles vénitiennes, souvent à base de Select.
À Paris, les hôtels et bars de palace déclinent le spritz avec des touches françaises : Crémant d’Alsace, liqueurs de fleur de sureau, bitters artisanaux. Pour vous, ces signatures sont autant d’occasions de redécouvrir un cocktail que vous pensiez connaître par cœur, et d’aiguiser votre palais en comparant l’impact des différents choix de bitter, de vin ou de garniture.
Accords mets & spritz : cicchetti vénitiens, tapas de fruits de mer, charcuteries italiennes
Enfin, le spritz s’exprime pleinement lorsqu’il est pensé en accord avec des mets. Son amertume rafraîchissante, son degré alcoolique modéré et ses bulles fines en font un compagnon particulièrement efficace pour :
- Les cicchetti vénitiens : crostini, olives, calmars frits
- Les tapas de fruits de mer : poulpe grillé, anchois marinés, crevettes
- Les charcuteries italiennes : speck, mortadelle, soppressata, bresaola
Un Aperol Spritz soulignera la douceur d’une burrata ou d’une focaccia tiède, tandis qu’un Spritz Campari tiendra tête à des saveurs plus intenses comme le fromage affiné ou les préparations à base de tomate rôtie. Un Spritz Cynar, lui, excelle avec des légumes grillés, des artichauts à la romaine ou des préparations à base d’asperges. En réfléchissant à ces accords, vous transformez un simple verre d’aperitivo en véritable expérience gastronomique, où chaque gorgée prépare la suivante et prolonge la conversation autour de la table.
